Mouvements autour des SEL

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Une expérience locale de prise de contrôle populaire, début d'une transformation nationale?

28-Jan-2020

Mouvement autour des SEL est une publication CommunityForge qui relate les initiatives du monde entier allant dans le même sens que les SEL, avec des valeurs d'entraide, d'échange et d'équité.

Cette expérience locale pourrait-elle être le début d’une transformation nationale?

Une traduction d'un article de George Monbiot

Un quartier Londonien a rassemblé des habitants pour travailler, créer des liens sociaux et rêver. Les résultats sont extraordinaires.

 

S’il y a de l’espoir, c’est là qu’il réside, dans le quartier le plus déshérité de Londres. Le quartier de Barking et Dagenham  a d’épouvantables taux de chômage, de sans-abris, de grossesses d’adolescentes, de violence familiale et de morts précoces. Jusqu’à 2010, c’était le fief principal du Parti National Britannique. Sa population se renouvelle à une vitesse stupéfiante : chaque année, environ 8% de ses habitants déménagent. Cependant depuis l’an dernier, ce quartier a commencé à se faire connaître pour une autre raison : celle de leader mondial de la prise de contrôle par les habitants.

Depuis la seconde guerre mondiale, les collectivités locales et les gouvernements nationaux ont cherché à changer la vie des gens de façon descendante, sans les consulter. Leurs efforts, pendant les trente premières années de cette période au moins, furent très efficaces avec la création de services publics, de logements sociaux et un dispositif de protection sociale qui a radicalement amélioré la vie des gens.

Pourtant ces mesures eurent la conséquence involontaire de réduire notre sens de la responsabilité, nos aptitudes sociales et d’entraide. Maintenant, en cette période d’austérité, les aides publiques ont été supprimées, laissant de nombreuses personnes dans la pire des situations : sans la résilience de la population ni la protection publique qui l’avait remplacée. Je crois que nous avons encore besoin d’un soutien important de l’état et de services publics bien financés. Ce n’est pourtant pas suffisant. Le meilleur antidote à la vague croissante de démagogues et réactionnaires est une politique d’appartenance fondée sur des populations locales fortes et confiantes.

Ceux qui étudient la vie des cités parlent de deux sortes de liens sociaux : affectifs et relationnels. Les liens affectifs sont ceux qui se créent à l’intérieur de groupes homogènes. Alors que ces liens peuvent rompre l’isolation sociale, ils peuvent aussi favoriser la méfiance et les préjugés, tout en limitant les possibilités de changement. Par contre, les réseaux relationnels rassemblent des gens de groupes différents. La recherche montre que ces réseaux peuvent réduire la délinquance et le chômage et, en donnant de l’importance aux avis de la population, améliorer la qualité de la gouvernance.

Il y a un programme pour transformer des parcelles de gazon ennuyeuses en jardins communautaires, en coins de jeux et en centres d'apprentissage en plein air.

Après avoir laminé le PNB, qui avait remporté 12 sièges sur 51 en 2006, les conseillers travaillistes de Barking et Dagenham ont vu que ça ne suffisait pas pour répondre aux besoins de la population et offrir des services divers. Ils voulaient passer du paternalisme à la participation. Mais comment ?

Au moment où le conseil d’arrondissement se mettait à chercher des idées, la Fondation pour la Ville Participative, dirigée par l’inspirante Tessy Britton, l’a contacté avec un projet de système entièrement différent, développé après neuf années de recherche sur la façon dont les réseaux relationnels se forment. Rien de similaire n’avait jamais été tenté par un quartier.  Le conseil se rendait compte qu’il prenait un risque mais il contribua à financer, à la hauteur de sept millions de livres,  une expérience de cinq ans appelée « Chacun, Chaque Jour ».

En cherchant des projets communautaires réussis de par le monde, la fondation a découvert un ensemble de principes communs. En général, ceux-ci demandent peu de temps ou d’engagement de la part des gens sur place et aucun coût financier. Ils sont proches des habitations, ouverts à tous et conçus pour attirer les talents plutôt que satisfaire des besoins particuliers. Ils mettent en place une infrastructure concrète et visible.  Et plutôt que d’insister sur la nouveauté – ce qui cause la perte de beaucoup de programmes bien intentionnés – ils encouragent des projets simples qui améliorent immédiatement le quotidien des gens. La fondation a compris qu’une grande part du budget devrait être consacrée à l’évaluation pour permettre au projet de s’adapter presque instantanément à l’enthousiasme des résidents.

Le lancement de « Chacun, Chaque Jour » a eu lieu en novembre 2017, avec l’ouverture de deux boutiques (les premières de cinq) dans les rues principales de Barking et Dagenham. On ne vend rien dans ces boutiques mais on y fait des rencontres, on y discute des idées et on y lance des projets. Des « espaces de fabrication » ont commencé à ouvrir dans le cadre de ce dispositif, équipés de découpeurs laser et autres outils, de machines à coudre et de cuisines fonctionnelles. Ce genre d’espace est habituellement occupé par des hommes de la classe moyenne mais, jusqu’à maintenant, 90% des participants sont des femmes. La raison de cette différence est simple : presque tout de suite, quelques résidentes ont tracé une ligne sur le sol, pour convertir une partie de l’espace en crèche officieuse, où des femmes se relayent pour garder les enfants. En créant une garderie à la portée de leur bourse, elles ont franchi l’un des plus gros obstacles aux nouveaux projets et entreprises.

J’ai visité la vieille imprimerie dans Thames Road à Barking qui est en train de se transformer en un nouvel atelier géant où les gens pourront mettre en place des entreprises collaboratives dans des domaines aussi divers que l’alimentation, l’habillement et l’énergie renouvelable (il sera inauguré lors d'un festival le 16 mars). L’expérience a déjà déclenché un nombre important de projets montés spontanément par les habitants.

On a des comités de bienvenue pour les nouveaux arrivants de chaque rue, des repas partagés, des ateliers-cuisine et des déjeuners ouverts à tous. Il y a un projet de transformation des parcelles de pelouse monotone en jardins collectifs, espaces de jeux et centres de formation en plein air. Il y a une école d’apiculture et une « école de poulailler » (pour enseigner le petit élevage en zone urbaine), des séances de couture et de tricot, des lieux de rencontre et de collaboration pour les travailleurs indépendants, des ateliers d’informatique et de codage, des contes pour enfants, des séances de chant et un café avec des jeux. Un entraineur local de football s’est mis à former les gens dans les rues. Il y a un studio de cinéma et également un festival du film de bricolage, des cours pour les poètes de la langue parlée et un plan pour fermer les rues à la circulation afin que les enfants puissent y jouer après l’école. Les gens de ces quartiers ont sauté sur les occasions que le nouveau système a créées.

"Oui, il y a une alternative. Ces gens ont montré comment reprendre le contrôle de leur vie." Aditya Chakrabortty

En parlant aux résidents impliqués dans ces projets, j'entendais toujours la même chose : "Je détestais cet endroit et je voulais déménager. Mais maintenant, je veux rester." Une femme de Barking m'a dit que "sortir et socialiser est très difficile quand on est au chômage", mais le magasin local a "énormément amélioré ma vie sociale". Maintenant, son grand-père et sa mère, qui étaient aussi isolés, intègrent le mouvement aussi. Une autre a expliqué qu'avant l'ouverture du magasin communautaire à Dagenham, tous ses amis se trouvaient dans d'autres arrondissements et qu'elle avait peur de la population locale, surtout des "jeunes en sweats à capuche". Aujourd'hui, elle a des amis locaux originaires du monde entier : "Je ne me sens plus intimidée par ces jeunes, parce que je les connais... C'est la meilleure année de ma vie d'adulte". Une autre, une femme noire qui avait vécu dans la peur de la résurgence du BNP, me l'a dit : "C'est enfin de l'espoir. De l'espoir pour ma génération. De l'espoir pour mes petits-enfants."

Il y a un long chemin à parcourir. Quatre mille personnes sur les 200 000 que compte l'arrondissement ont participé jusqu'à maintenant. Mais le taux de croissance suggère qu'il est susceptible d'être transformateur. Le conseil m'a dit que le programme avait le potentiel de réduire la demande de services sociaux à mesure que la santé mentale et physique des gens s'améliore. C'est en partie pour cette raison que d'autres arrondissements et d'autres villes s'intéressent à cette expérience remarquable.

Ce n'est peut-être pas la seule réponse à nos nombreux problèmes. Mais ça m'a l'air d'une lumière vive dans un monde qui s'assombrit.

 

Source: https://www.olivenetwork.org/Issue/could-this-local-experiment-be-the-st...

George Monbiot, éditorialiste au Guardian.

 

 Borough londonien de Barking et Dagenham

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Langue Français

L'Umuganda du Rwanda

28-Jan-2020

Mouvement autour des SEL est une publication CommunityForge qui relate les initiatives du monde entier qui vont dans le même sens que les SEL, avec des valeurs d'entraide, de partage, d’'échange et d’équité.

 

Rwanda, le pays aux mille collines, est le plus petit pays d’Afrique de l’Est et le deuxième plus petit pays d’Afrique. Le Rwanda, intéressant pays en développement, possède quantité d’attraits naturels, culturels, historiques et humains. Il est réputé être le pays le plus propre d’Afrique de l’Est, toujours vert, avec des rues propres sans bouteilles ni sacs en plastique, sans ordures ni déchets qui trainent comme souvent dans un pays en développement. La propreté du Rwanda ne se retrouve dans aucun autre pays d’Afrique de l’Est. Ce résultat, c’est grâce à l’ « Umuganda ».
L’Umuganda qui peut se traduire par “rassemblement avec le but commun de parvenir à un résultat ‘’ a été lancé juste après l’indépendance en 1962, dans des circonstances particulières. Il était considéré comme une contribution individuelle à l’édification de la nation. On l’appelait souvent umubyzi, c’est-à-dire « jour réservé par les amis et la famille pour s’entraider ». C’est devenu un programme officiel du gouvernement  en 1974, organisé de façon régulière une fois par semaine, sous la supervision du ministère du développement régional.
L’Umuganda, également qualifié de travail communautaire visant à contribuer au développement  général du pays, a été réintroduit dans la vie rwandaise en 1998 dans le cadre des efforts de reconstruction du pays après le génocide des Tutsi de 1994. Il a lieu aujourd’hui le dernier samedi de chaque mois  à partir de 8 heures et pendant au moins 3 heures.
Au début, l’Umuganda n’a pas été bien accueilli par les Rwandais qui le considéraient comme du travail forcé mais ses réalisations significatives dans le contrôle de l’érosion et l’amélioration de l’infrastructure – particulièrement la construction d’écoles primaires, de bureaux pour l’administration régionale et locale et des centres médicaux – ont amené la population à l’apprécier et à y participer bénévolement. Le génocide de 1994 a perturbé ce programme mais il a été réintroduit  en 1998 dans le cadre de l’effort de reconstruction du Rwanda et dans le but de développer un sentiment commun d’identité nationale.
A ce jour, les Rwandais de même que les étrangers sont invités à participer aux activités. Les Rwandais âgés de 18 à 65 ans sont obligés d’y participer alors que c’est facultatif pour les plus de 65 ans. Même les expatriés vivant au Rwanda et les touristes sont aussi encouragés à prendre leur part de travail bénévole. Contrairement aux autochtones, les visiteurs et les expatriés n’encourent aucune sanction s’ils ne participent pas au travail bénévole.
De plus, ces jours-là, les affaires ralentissent, le transport public est limité et on voit partout des gens travailler. Le jour de l’Umuganda, on peut s’étonner car les rues sont vides de 7h à 11h et on voit très peu de véhicules, d’automobilistes ou de piétons se déplacer. Le travail réalisé diffère d’une région à l’autre. Dans les villes, les gens participent en nettoyant les rues, coupent l’herbe et taillent la broussaille le long des routes ou réparent les équipements publics. Dans les villages, on voit des gens qui réparent les routes, construisent des maisons pour les personnes vulnérables ou nettoient des puits. Ceux qui ont des compétences particulières offrent leurs services gratuitement ce jour-là. Les médecins, par exemple, peuvent offrir des examens médicaux gratuits.
L’activité est contrôlée par des comités sélectionnés qui sont responsables de l’organisation, de la supervision, de l’évaluation et du suivi du travail accompli afin de motiver les gens et stimuler leur moral. Actuellement, 80% des Rwandais prennent part au travail communautaire mensuel et des projets réussis ont été lancés tels que la construction d’écoles, de centres médicaux, de centrales hydro-électriques ainsi que la réhabilitation de zones humides et la création de parcelles agricoles à haut rendement. La contribution de l’Umuganda au développement du pays depuis 2007 a été estimée à plus de 60 millions de dollars américains.
D’autre part, en plus d’assumer ce travail d’intérêt général, l’Umuganda sert aussi de forum pour les dirigeants à chaque niveau de gouvernance (depuis le village jusqu’au niveau national) pour aviser les citoyens des nouvelles et des communiqués importants. Les membres de la communauté peuvent également discuter de tout problème auxquels leurs concitoyens ou eux-mêmes sont confrontés et proposer des solutions ensemble.
Néanmoins, malgré ses réussites spectaculaires, l’Umuganda doit relever le défi d’une planification insuffisante dans certaines régions qui a débouché sur des objectifs peu réalistes et des projets difficiles à réaliser sans financement supplémentaire.
Pire encore, la faible participation d’une partie de la population reste un défi majeur. Certaines personnes considèrent encore ce travail d’intérêt général comme une perte de temps et le voient comme du travail forcé, ce qui réduit donc le travail qui aurait pu être fait s’ils avaient tous participé de bon cœur.
Pourtant, les programmes de formation pour la population qui sont organisés par le ministère des collectivités locales contiennent  des cours sur le suivi et l’évaluation, les rapports sur les résultats, les lois, les décrets et les directives qui régissent l’Umuganda ainsi que les responsabilités du comité. Une campagne de sensibilisation a été effectuée sous forme de documentaires, d’émissions télé et radio, pour informer les Rwandais et inciter à la participation, surtout dans les zones urbaines.
En conclusion, l’Umuganda a été mis en place à l’échelon national en 2007 et a remarquablement favorisé le développement et l’harmonie au Rwanda, notamment grâce aux différents acteurs impliqués  tels que le comité de supervision de l’umuganda pour la programmation, l’organisation et la supervision des projets ainsi que les dirigeants locaux pour encourager la participation et la population pour s’approprier le projet.

Source : http://www.allaboutrwanda.com/umuganda.html

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